Pourquoi n'envoie-t-on pas les déchets nucléaires dans l'espace ?

Dans les années 1970, la NASA et Boeing ont sérieusement envisagé plusieurs hypothèses pour envoyer les déchets nucléaires dans l'espace : en orbite autour de la Terre, sur la Lune, le Soleil ou même plus loin. L'idée ne fut pas concrétisée, pour des raisons de sécurité et de coûts : l'explosion du vaisseau porteur aurait pu avoir des conséquences dramatiques et les coûts cumulés du conditionnement et du transport étaient astronomiques.

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Picsonald

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Lorsque cette idée est évoquée, beaucoup pensent « On a déjà pollué la planète, on ne va pas maintenant polluer l’espace ! » En fait, l’espace est si grand et si radioactif qu’y « balancer » nos déchets radioactifs serait une réelle bonne solution. Parfois, j’ai même entendu dire « Mais ça risque pas de faire exploser le soleil ou de le contaminer ? » Nan ; le soleil est déjà une explosion thermonucléaire permanente, d’une taille si énorme qu’elle dépasse notre conception mentale. Un zeste de déchets nucléaires ne changerait rien à son comportement, et ça serait donc une réelle bonne solution. Non, les deux limites réelles sont : - D’une, comme le dit l’anecdote : le risque d’explosion de la fusée au décollage (ou avant qu’elle n’échappe à l’attraction terrestre). Dans ce cas, les déchets radioactifs sont éparpillés autour de la zone de crash, dans l’air, dans l’eau et dans la terre. Ce problème est également présent lorsqu’on envoie des missions au-delà de l’orbite de mars, où les panneaux solaires deviennent si peu rentables qu’on leur préfère parfois des piles RTG (donc des générateurs fonctionnant au plutonium 238). Au décollage de la fusée, il y a un réel risque de contamination radioactive. - De deux, le non-sens d’une pareille décision : faire décoller une fusée émet une énorme quantité de CO2 (ou bien la fusée émet directement dans l’atmosphère, ou bien la fabrication des carburants est extrêmement émettrice). Dès lors, à quoi bon produire de l’électricité avec la filière nucléaire (peu émettrice en CO2) et se séparer des déchets en émettant du CO2 pour s’en séparer ? Ce qu’il faut comprendre c’est que le CO2 est un déchet « final », au même titre que les déchets nucléaires. Certes, le CO2 a l’avantage d’être non-radioactif, mais il a le désavantage d’être un gaz. Il se stocke donc durablement dans l’air (dans l’atmosphère). Les déchets nucléaires quant à eux ont le désavantage d’être radioactifs, mais une fois qu’ils ont été traités & entreposés quelques temps, ils sont solides (et vitrifiés). On peut donc les déposer où bon nous semble. À l’heure actuelle, et comme le dit l'article cité en source de l'anecdote, la solution envisagée est l’enfouissement dans des couches géologiques inertes (exemples : Bure, en France ; Onkalo, en Finlande). Suffisamment profond pour que les radiations soient étouffées par l’épaisse couche de sol et de roche qui les sépare de la surface. Lorsqu’ils découvrent cette approche, les gens pensent spontanément « C’est crade ! On a déjà pollué la surface, on va pas polluer les sols ! ». J’y apporte le même type de réponse qu’aux questions qui introduisent mon propos. Rationnellement parlant, c’est pas si mal comme solution. C’est « la moins pire », dans un sens. Je terminerai mon laiüs en disant qu’on ne peut pas être dignement « contre » les filières de production d’électricité nucléaire tant qu’on a pas sérieusement réfléchi à ce problème de CO2 dont on ne sait pas plus quoi faire que les déchets nucléaires, et que toute les autres formes de production d'électricité émettent (renouvelable y compris). Le CO2 est un déchet à vie longue. Sa contribution dans l’effet de serre couplé à son augmentation croissante va en faire (si ce n’est déjà le cas) le plus gros tueur de vie sur la planète ! Une fois dans l’air, le CO2 part si lentement, qu’on peut lui affecter une sorte de « demi-vie », comme on fait avec les déchets nucléaires. C’est pas beau à voir, car sa demi-vie est d’environ un siècle. Si je me risque à une maladroite comparaison, le plutonium 238 utilisé dans les RTG évoquées plus haut a une demi-vie de 87,7 ans. Mes sources : https://www.slate.fr/story/213045/lancements-fusees-jeff-bezos-milliardaires-cout-environnemental-demesure https://jancovici.com/publications-et-co/articles-de-presse/moins-de-co2-donc-moins-de-co2/#:~:text=Le%20CO2%2C%20ou%20dioxyde%20de,du%20sol%2C%20elle%20est%20indestructible Documentaire « Into Eternity » qui parle de l'enfouissement d'Onkalo en Finlande. https://fr.quora.com/Quelle-est-la-dur%C3%A9e-de-vie-moyenne-dun-atome-de-CO2-dans-latmosph%C3%A8re-terrestre#:~:text=La%20dur%C3%A9e%20de%20vie%20d'une%20mol%C3%A9cule%20est%20en%20g%C3%A9n%C3%A9ral,vie%20est%20de%20100%20ans https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/espace/lutilisation-du-nucleaire-dans-lexploration-lointaine-de-lespace/#:~:text=Pour%20le%20Plutonium%20238%20(le,sur%20une%20ou%20deux%20d%C3%A9cennies
Picsonald

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@niconibon : merci pour le compliment ! @BenBou63 : la fusion nucléaire est porteuse d'espoir. Si la technologie était mature, il y a fort à parier que l'on bifurquerait là dessus. Hélas, la elle n'est pas mature. Il est raisonnable de penser que les premiers réacteurs à fusion capable de produire une bonne quantité d'électricité mettront au moins 50 ans à pointer le bout de leur nez. Or, il faut des solutions à plus court terme, avec des technologies existantes. Je suis surpris que personne n'ai parlé des énergies renouvelables d'ailleurs. J'avais hésité à en parler dans mon premier commentaire, mais bon... Z'avez l'air d'être déjà au courant que ça ne suffira pas (à court terme) et que ça apporte d'autres problèmes (usages de métaux). @Out2box J'ai cherché, et la seule chose qu'on trouve sur Internet c'est qu'en 2020, selon la NASA, seulement 114 fusées ont été lancées, contre plus de 100 000 décollages d'avion par jour. On ne trouve pas la notion de "ça représente autant de CO2" que tu as peut être extrapolé. Par ailleurs, ces chiffres (114 et 100 000) sont repris dans une des sources que j'ai partagé. Ils constituent le seul micro-bémol dans un bain d'arguments (à mes yeux plus solides) expliquant à quel point les lancements de fusées ont un fort coût environnemental. Je demeure persuadé que si on pousse l'exercice du cout en CO2 que représente l'envoi de déchets dans l'espace, ça rendrait le projet quasi caduque. PS : Je dis pas qu'il ne faut plus envoyer de fusées dans l'espace hein. Les usages spaciaux rendent de grands services, et pour certains, leur répercussion sur l'environnement est un prix "légitime". Pour d'autres, non (tourisme spatial). @Cyrano2015 : l'idée n'est pas idiote. Le centre de la terre est hostile a la vie, et il est radioactif aussi. C'est juste que... Creuser profond, c'est difficile. Très couteux en énergie. Et quelque chose me dit que si on arrive à la partie en fusion, ça va cracher de la lave, et reboucher le trou. Et puis, si on y arrive : on aurait accès à une source de chaleur telle qu'on pourrait produire plein d'électricité : et donc se passer des centrales nucléaires ^^ Selon moi : science-fiction.
Viannux

Viannux

"Des coûts astronomiques" c'est beau.

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niconibon

niconibon

Ne faisons rien. la NASA bosse sur l'ascenseur, personne a rien de mieux à proposer d'autre que des fusées à propulsion chimique qui explosent où crament dans l'atmosphère régulièrement, mais on les garde! J'affirme que ce sera possible, l'ascenseur, vous affirmez que c'est une bêtise, que c'est impossible et dangereux, seul l'avenir aura raison, ca sert à rien de discuter, on se fait du mal. Je me demande ce que penserai Constantin Tsiolkovski de cette discussion...
ThinIsFat

ThinIsFat

Premier commentaire, je présente mes excuses pour toute source de confusion ou conflit… Le sujet et ses conséquences a été (longuement) traité par G-J Arnaud dans son œuvre « la compagnie des glaces ». Pas envie de vivre sous cloche
Picsonald

Picsonald

@niconibon : merci pour le compliment ! @BenBou63 : la fusion nucléaire est porteuse d'espoir. Si la technologie était mature, il y a fort à parier que l'on bifurquerait là dessus. Hélas, la elle n'est pas mature. Il est raisonnable de penser que les premiers réacteurs à fusion capable de produire une bonne quantité d'électricité mettront au moins 50 ans à pointer le bout de leur nez. Or, il faut des solutions à plus court terme, avec des technologies existantes. Je suis surpris que personne n'ai parlé des énergies renouvelables d'ailleurs. J'avais hésité à en parler dans mon premier commentaire, mais bon... Z'avez l'air d'être déjà au courant que ça ne suffira pas (à court terme) et que ça apporte d'autres problèmes (usages de métaux). @Out2box J'ai cherché, et la seule chose qu'on trouve sur Internet c'est qu'en 2020, selon la NASA, seulement 114 fusées ont été lancées, contre plus de 100 000 décollages d'avion par jour. On ne trouve pas la notion de "ça représente autant de CO2" que tu as peut être extrapolé. Par ailleurs, ces chiffres (114 et 100 000) sont repris dans une des sources que j'ai partagé. Ils constituent le seul micro-bémol dans un bain d'arguments (à mes yeux plus solides) expliquant à quel point les lancements de fusées ont un fort coût environnemental. Je demeure persuadé que si on pousse l'exercice du cout en CO2 que représente l'envoi de déchets dans l'espace, ça rendrait le projet quasi caduque. PS : Je dis pas qu'il ne faut plus envoyer de fusées dans l'espace hein. Les usages spaciaux rendent de grands services, et pour certains, leur répercussion sur l'environnement est un prix "légitime". Pour d'autres, non (tourisme spatial). @Cyrano2015 : l'idée n'est pas idiote. Le centre de la terre est hostile a la vie, et il est radioactif aussi. C'est juste que... Creuser profond, c'est difficile. Très couteux en énergie. Et quelque chose me dit que si on arrive à la partie en fusion, ça va cracher de la lave, et reboucher le trou. Et puis, si on y arrive : on aurait accès à une source de chaleur telle qu'on pourrait produire plein d'électricité : et donc se passer des centrales nucléaires ^^ Selon moi : science-fiction.
Cyrano2015

Cyrano2015

Ne pourrait-on pas au contraire viser le "centre de la terre" ?
Viannux

Viannux

"Des coûts astronomiques" c'est beau.
charles.swann

charles.swann

ça me fait penser à un épisode de futurama
Picsonald

Picsonald

Lorsque cette idée est évoquée, beaucoup pensent « On a déjà pollué la planète, on ne va pas maintenant polluer l’espace ! » En fait, l’espace est si grand et si radioactif qu’y « balancer » nos déchets radioactifs serait une réelle bonne solution. Parfois, j’ai même entendu dire « Mais ça risque pas de faire exploser le soleil ou de le contaminer ? » Nan ; le soleil est déjà une explosion thermonucléaire permanente, d’une taille si énorme qu’elle dépasse notre conception mentale. Un zeste de déchets nucléaires ne changerait rien à son comportement, et ça serait donc une réelle bonne solution. Non, les deux limites réelles sont : - D’une, comme le dit l’anecdote : le risque d’explosion de la fusée au décollage (ou avant qu’elle n’échappe à l’attraction terrestre). Dans ce cas, les déchets radioactifs sont éparpillés autour de la zone de crash, dans l’air, dans l’eau et dans la terre. Ce problème est également présent lorsqu’on envoie des missions au-delà de l’orbite de mars, où les panneaux solaires deviennent si peu rentables qu’on leur préfère parfois des piles RTG (donc des générateurs fonctionnant au plutonium 238). Au décollage de la fusée, il y a un réel risque de contamination radioactive. - De deux, le non-sens d’une pareille décision : faire décoller une fusée émet une énorme quantité de CO2 (ou bien la fusée émet directement dans l’atmosphère, ou bien la fabrication des carburants est extrêmement émettrice). Dès lors, à quoi bon produire de l’électricité avec la filière nucléaire (peu émettrice en CO2) et se séparer des déchets en émettant du CO2 pour s’en séparer ? Ce qu’il faut comprendre c’est que le CO2 est un déchet « final », au même titre que les déchets nucléaires. Certes, le CO2 a l’avantage d’être non-radioactif, mais il a le désavantage d’être un gaz. Il se stocke donc durablement dans l’air (dans l’atmosphère). Les déchets nucléaires quant à eux ont le désavantage d’être radioactifs, mais une fois qu’ils ont été traités & entreposés quelques temps, ils sont solides (et vitrifiés). On peut donc les déposer où bon nous semble. À l’heure actuelle, et comme le dit l'article cité en source de l'anecdote, la solution envisagée est l’enfouissement dans des couches géologiques inertes (exemples : Bure, en France ; Onkalo, en Finlande). Suffisamment profond pour que les radiations soient étouffées par l’épaisse couche de sol et de roche qui les sépare de la surface. Lorsqu’ils découvrent cette approche, les gens pensent spontanément « C’est crade ! On a déjà pollué la surface, on va pas polluer les sols ! ». J’y apporte le même type de réponse qu’aux questions qui introduisent mon propos. Rationnellement parlant, c’est pas si mal comme solution. C’est « la moins pire », dans un sens. Je terminerai mon laiüs en disant qu’on ne peut pas être dignement « contre » les filières de production d’électricité nucléaire tant qu’on a pas sérieusement réfléchi à ce problème de CO2 dont on ne sait pas plus quoi faire que les déchets nucléaires, et que toute les autres formes de production d'électricité émettent (renouvelable y compris). Le CO2 est un déchet à vie longue. Sa contribution dans l’effet de serre couplé à son augmentation croissante va en faire (si ce n’est déjà le cas) le plus gros tueur de vie sur la planète ! Une fois dans l’air, le CO2 part si lentement, qu’on peut lui affecter une sorte de « demi-vie », comme on fait avec les déchets nucléaires. C’est pas beau à voir, car sa demi-vie est d’environ un siècle. Si je me risque à une maladroite comparaison, le plutonium 238 utilisé dans les RTG évoquées plus haut a une demi-vie de 87,7 ans. Mes sources : https://www.slate.fr/story/213045/lancements-fusees-jeff-bezos-milliardaires-cout-environnemental-demesure https://jancovici.com/publications-et-co/articles-de-presse/moins-de-co2-donc-moins-de-co2/#:~:text=Le%20CO2%2C%20ou%20dioxyde%20de,du%20sol%2C%20elle%20est%20indestructible Documentaire « Into Eternity » qui parle de l'enfouissement d'Onkalo en Finlande. https://fr.quora.com/Quelle-est-la-dur%C3%A9e-de-vie-moyenne-dun-atome-de-CO2-dans-latmosph%C3%A8re-terrestre#:~:text=La%20dur%C3%A9e%20de%20vie%20d'une%20mol%C3%A9cule%20est%20en%20g%C3%A9n%C3%A9ral,vie%20est%20de%20100%20ans https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/espace/lutilisation-du-nucleaire-dans-lexploration-lointaine-de-lespace/#:~:text=Pour%20le%20Plutonium%20238%20(le,sur%20une%20ou%20deux%20d%C3%A9cennies