Des mesures anti-suicides qui font exploser le nombre de suicides

Les mesures anti-suicide ont parfois l'effet inverse de celui attendu. Ainsi, les messages installés sur le pont de Mapo à Séoul en 2012 pour dissuader les gens de sauter, ont fait exploser le nombre de tentatives de suicide : celui-ci a été multiplié par plus de 6.

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Commentaires préférés

Theoetjb

Theoetjb

On pourrait croire que le suicide est une action purement personnelle. C'est ce qu'a voulu montrer Durkheim dans son ouvrage de 1897, "Le suicide", en étudiant la "tendance au suicide que montrent les statistiques" dans la société occidentale de la fin du 19ème siècle. Il y remarque alors que le nombre de personnes qui décident de passer l'arme à gauche reste constant d'une année sur l'autre. Pour être très bref, il conclut alors que le suicide n'est pas un acte uniquement personnel mais constitue ce qu'il appelle "un fait social", c'est-à-dire un acte qui, bien que basé sur des choix personnels, reflète une tendance générale, sociétale. Il y distingue alors 4 types de suicide : --> Le suicide "égoïste" qui touche les personnes non ou mal intégrées aux autres ou à la société. --> Le suicide "altruiste" qui touche les personnes trop intégrées aux autres ou à la société (suicide collectif par exemple) --> Le suicide "anomique" qui touche des personnes qui n'arrivent pas à "s'autoréguler" dans leurs choix d'action (cf exemple plus bas). --> Le suicide "fataliste" qui touche des personnes qui "s'autorégulent" de trop (comme des personnes anorexiques). Si on prend l'exemple de l'étudiant de Science Po de Lyon qui s'est immolé par le feu en octobre 2019, on peut faire un parallèle entre l'oeuvre de Durkheim et celle de Weber. En effet, ce dernier évoque les différents types de domination exercée par un État sur sa population. L'une de ces formes s'appelle la "domination légale-rationelle" et considère que le langage bureaucratique, dénué de sentiments, empêche tout rapport humains avec elle et donc un décalage entre les valeurs humaines (basée sur la raison, certes, mais aussi et surtout les sentiments). C'est la forme de la société actuelle (administration basée sur la loi, les formulaires, la codification). En bref, le suicide de l'étudiant en question (dénonçant la précarité étudiante et l'absence de compréhension de la part du CROUS) est certes, personnel, mais est le reflet de conditions générales : c'est un "fait social" puisque c'est l'incompréhension volontaire du CROUS qui l'a poussé à l'acte (domination légale-rationnelle + suicide anomique). Ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait une "vague" de suicides chez les étudiants ou autres groupes se sentant "délaissé" en cette période de Covid. Il y a eu une émission sur France Culture ("Les pieds sur Terre") ((et après, promis, j'arrête le pavé)) il y a plusieurs semaines, qui interviewait des maghrébins qui avaient tenté de s'immoler par le feu après la période des Printemps Arabes. Il en ressortait que, une fois qu'une personne a décidé d'agir, il y avait une vague de suicide par "effet de mode" pour suivre ce premier acte comme exemple de contestation (altruiste ou anomique à vous de voir). Plus récemment que Durkheim, Matthieu Grossetête a écrit un ouvrage sur une sociologie de la mortalité routière (L'enracinement social de la mortalité routière, 2010) et conclut que cette dernière est un "fait social" dans le sens où plus on utilise la voiture, plus on a de chances d'avoir un accident. Sauf que celles et ceux qui utilisent le plus leur voiture sont issus des catégories sociales les plus basses (travail en ville - vie en périphérie // "migration pendulaire"). D'où l'inégalité de classe dans la sécurité routière. Désolé si vous voyez ça comme un (trop long) commentaire HS, mais je trouvais ça intéressant de montrer que, bien qu'il y ait un "effet de mode" du suicide, comme le montre l'anecdote, il serait plus intéressant de s'intéresser aux causes du suicide que de "délocaliser" les endroits où les suicidés agiraient ... D'autant plus que cette idée de "fait social" est retransmissible pour des sujets aussi joyeux que le suicide, la radicalisation, les choix musicaux, ...
safarseth

safarseth

C'étaient peut-être les messages qui étaient mal adaptés. Pour ma part j'aurai écrit: "Soyez sympa, faites pas ça ici" avec une photo de l'agent municipal chargé de nettoyer.
Raspa

Raspa

France Telecom avait trouvé LA solution pour arreter les suicides au bureau en se jetant par la fenêtre : mettre des barreaux partout. Du coup les locaux ressemblent à une prison et sont super déprimants. Mais plus de suicide au bureau : non ca a lieu à la maison en famille. France telecom : une entreprise proche de ses employés. (Oui bon cest vieux France telecom mais cette gestion est proche des solutions "physiques" de ce pont)

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Jo-Jo

Jo-Jo

C’est un peu comme les alcootests qui indiquent le taux précis, ça peut donner de mauvaises idées. Je me rappelle aussi qu’à une époque, sur une autoroute (l’A20 je crois), un panneau sur un pont affichait votre plaque si vous rouliez trop vite ... une grande partie des automobilistes faisait donc exprès d’appuyer sur le champignon pour être affichés. Parfois il ne vaut mieux pas trop en dire !
Axe-to-mouth

Axe-to-mouth

Il me semble avoir lu un anecdote qui disait exactement le contraire...
Raspa

Raspa

France Telecom avait trouvé LA solution pour arreter les suicides au bureau en se jetant par la fenêtre : mettre des barreaux partout. Du coup les locaux ressemblent à une prison et sont super déprimants. Mais plus de suicide au bureau : non ca a lieu à la maison en famille. France telecom : une entreprise proche de ses employés. (Oui bon cest vieux France telecom mais cette gestion est proche des solutions "physiques" de ce pont)
samourai

samourai

C'est bizarre, une anecdote sur le même sujet datant de 2013 indique que ce fut un succès avec une baisse du taux de suicide de 80%. L'effet fut très court alors.
Theoetjb

Theoetjb

On pourrait croire que le suicide est une action purement personnelle. C'est ce qu'a voulu montrer Durkheim dans son ouvrage de 1897, "Le suicide", en étudiant la "tendance au suicide que montrent les statistiques" dans la société occidentale de la fin du 19ème siècle. Il y remarque alors que le nombre de personnes qui décident de passer l'arme à gauche reste constant d'une année sur l'autre. Pour être très bref, il conclut alors que le suicide n'est pas un acte uniquement personnel mais constitue ce qu'il appelle "un fait social", c'est-à-dire un acte qui, bien que basé sur des choix personnels, reflète une tendance générale, sociétale. Il y distingue alors 4 types de suicide : --> Le suicide "égoïste" qui touche les personnes non ou mal intégrées aux autres ou à la société. --> Le suicide "altruiste" qui touche les personnes trop intégrées aux autres ou à la société (suicide collectif par exemple) --> Le suicide "anomique" qui touche des personnes qui n'arrivent pas à "s'autoréguler" dans leurs choix d'action (cf exemple plus bas). --> Le suicide "fataliste" qui touche des personnes qui "s'autorégulent" de trop (comme des personnes anorexiques). Si on prend l'exemple de l'étudiant de Science Po de Lyon qui s'est immolé par le feu en octobre 2019, on peut faire un parallèle entre l'oeuvre de Durkheim et celle de Weber. En effet, ce dernier évoque les différents types de domination exercée par un État sur sa population. L'une de ces formes s'appelle la "domination légale-rationelle" et considère que le langage bureaucratique, dénué de sentiments, empêche tout rapport humains avec elle et donc un décalage entre les valeurs humaines (basée sur la raison, certes, mais aussi et surtout les sentiments). C'est la forme de la société actuelle (administration basée sur la loi, les formulaires, la codification). En bref, le suicide de l'étudiant en question (dénonçant la précarité étudiante et l'absence de compréhension de la part du CROUS) est certes, personnel, mais est le reflet de conditions générales : c'est un "fait social" puisque c'est l'incompréhension volontaire du CROUS qui l'a poussé à l'acte (domination légale-rationnelle + suicide anomique). Ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait une "vague" de suicides chez les étudiants ou autres groupes se sentant "délaissé" en cette période de Covid. Il y a eu une émission sur France Culture ("Les pieds sur Terre") ((et après, promis, j'arrête le pavé)) il y a plusieurs semaines, qui interviewait des maghrébins qui avaient tenté de s'immoler par le feu après la période des Printemps Arabes. Il en ressortait que, une fois qu'une personne a décidé d'agir, il y avait une vague de suicide par "effet de mode" pour suivre ce premier acte comme exemple de contestation (altruiste ou anomique à vous de voir). Plus récemment que Durkheim, Matthieu Grossetête a écrit un ouvrage sur une sociologie de la mortalité routière (L'enracinement social de la mortalité routière, 2010) et conclut que cette dernière est un "fait social" dans le sens où plus on utilise la voiture, plus on a de chances d'avoir un accident. Sauf que celles et ceux qui utilisent le plus leur voiture sont issus des catégories sociales les plus basses (travail en ville - vie en périphérie // "migration pendulaire"). D'où l'inégalité de classe dans la sécurité routière. Désolé si vous voyez ça comme un (trop long) commentaire HS, mais je trouvais ça intéressant de montrer que, bien qu'il y ait un "effet de mode" du suicide, comme le montre l'anecdote, il serait plus intéressant de s'intéresser aux causes du suicide que de "délocaliser" les endroits où les suicidés agiraient ... D'autant plus que cette idée de "fait social" est retransmissible pour des sujets aussi joyeux que le suicide, la radicalisation, les choix musicaux, ...
rem170

rem170

Oui mais bon... On peut mettre des solutions "physiques" au suicide à cet endroit, mais il va se passer quoi ? Les suicidaires iront ailleurs ! Et on aura réglé quoi ? Comme le dit avec humour @safarseth, "les agents de nettoyage du lieu auront moins de boulot" :) Sur le "fond" de l'anecdote et les effets négatifs ; j'imagine que de mettre cet écriteau a simplement fait penser aux vrais volontaires au suicide qui ne savaient pas trop comment faire, que, au fond, "c'est vrai que cet endroit est parfait"...
safarseth

safarseth

C'étaient peut-être les messages qui étaient mal adaptés. Pour ma part j'aurai écrit: "Soyez sympa, faites pas ça ici" avec une photo de l'agent municipal chargé de nettoyer.
thepunisher

thepunisher

C’est la même chose que le fameux « Ne pensez pas à un éléphant rose ». On pense à un éléphant rose. « Ne vous suicidez pas ici... » Autre chose : quand j’essaie d’écrire le mot suicide avec mon iPhone, au bout de 3,4 lettres normalement il devrait m’afficher le mot en suggestion. Mais non. Pareil pour violeur, pedophile et d’autres pourtant se ne pas des insultes au sens strict du terme. Après 2012 c’était la fin du monde. Il y a peut-être un lien. Il y a eu pas mal de suicides à cause de cette rumeur folle.